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Tout d’un blog de Nicole Versailles

Foire du Livre, 2008

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Nicole Versailles…écrit, anime, publie…

Nicole Versailles est romaniste de formation et animatrice d’ateliers d’écriture dans le réseau Kalame de la communauté française. Après avoir élevé une nombreuse famille, elle s’est mise à l’écriture sur le tard. 

Elle a écrit, joué et mis en scène trois lectures-spectacles dont :  Quand les valises vident leur sac, qui a été jouée à l’ouverture du Festival de littérature « L’écrin de l’écrit » en mai 2004 

Plusieurs de ses nouvelles ont remporté des prix : Lauréate de la Fureur de Lire en 2003, Prix du public à Aubel en 2006, Prix de la Communauté française de l’Eau Noire en 2006  Son blog, sous le pseudo de Coumarine, est  lu et commenté par de nombreux lecteurs : Petites Paroles Inutiles (http://coumarine.canalblog.com

Elle anime aussi un atelier d’écriture en ligne : Paroles Plurielles (http://coumarine2.canalblog.com)
 

Coup double de Nicole Versailles

Nicole Versailles fait coup double cette année en livrant au public ses premières publications coup sur coup : « Tout d’un Blog » aux éditions couleurs livres (collection Je, récits de vie) où elle raconte avec une perspicacité sans chipoteries de convenances ce qu’elle a vécu depuis qu’elle a crée son Blog et qu’elle y rencontre un succès étonnant et « L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers » (aux éditions Traces de vie) où elle nous entraîne dans une promenade dans le champ des souvenirs et des résonnances de trois vies de femmes… Un beau doublé pour quelqu’un déjà entraîné depuis longtemps a plongé dans la langue (romaniste, animatrice d’ateliers d’écriture, elle écrit des poèmes, des nouvelles,…) mais qui s’offre une double aventure d’écritures.  L’une, plus centrée sur son expérience présente et liée aux nouvelles technologies, l’autre, accordée à la remontée vers les premiers échos d’une mémoire de la féminité, si ce n’est de la féminitude…Ces deux livres disent le talent et la générosité d’une femme qui entre ainsi dans une autre chambre de la « maison de l’écriture »…  Tout d’un Blog raconte l’histoire d’une succès, celui d’une aventure de blogueuse réussie mais quelles en sont les réalités et les croyances ?  Que se passe-t-il derrière l’écran si protecteur de l’ordinateur qui nous connecte mais ne nous confronte pas ? Ce succès ces « posts » livrés chaque jour ont aussi leur rançon : sentiment d’être à la merci de ses lecteurs qui réclament du Nicole Versailles chaque jour dans un style bien fondu par l’habitude. Elle s’y refuse, elle dialogue, elle réagit, elle se pose mille et une question à propos de la prétendue liberté des blogs…Comme si le numérique avait quoi que ce soit de définitif ou d’absolu à voir avec la liberté ! Elle sait que chaque médium produit ses styles, ses réseaux, ses censures, ses ronronnements, même s’ils sont ouverts à tous et apparemment libres de toute censure extérieure. Il suffit de lire la presse papier et numérique pour constater à quel point le verrouillage des flux numériques passe aussi par le repérage de mots-clés, de signes communicationnels hystérisés par des rumeurs mondiales (terrorisme, pédophilie, …).  Mais surtout, l’auteure est consciente du fait que cet engouement pour les « journaux intimes numériques » que sont aussi les Blogs ne peut se faire que dans un entre-deux : dans la conscience du fait que l’anonymat n’est pas le signe de la liberté mais peut-être celui de la pudeur, ou de l’irresponsabilité ou encore de la volonté du créateur du Blog de jouer de ce montré/caché que permet cette plate-forme ouverte et en même temps perdue dans la myriade des autres Blogs… Nicole Versailles a poursuivi son aventure et a récolté nombre de témoignages qui lui ont permis d’écrire un livre marqué de l’expérience et d’une lucidité qui renforcent son récit. Dans le même temps, aux éditions Traces de Vie animées par Annemarie Trekker, elle publie un fort beau recueil de récits, « L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers » (avec une courte préface d’Armet Job) où elle tricote littéralement des récits de femmes de générations en générations. Ces femmes sont toutes marquées par une puissante question « comment vivre entre désirs et obligations ? »  Comment se faire une place dans un corps si encombré de récits, de mémoire et de souvenirs ? Comment vivre et résister à l’effritement du quotidien qui agit comme un ogre fatigué, sans se presser, morceau par morceau, allongé sur le flanc et se repaissant de ses victimes dans un tempus fugit hallucinant…. Nous allons « au bras du temps » comme l’écrit Alan Rémond, comme des pauvres bougres révélés à eux-mêmes dans l’effacement de ce qui leur reste à vivre…Et de ces vies perdues dans l’éparpillement, Nicole Versailles relève quelques traces, des vestiges, des marques laissées ça et là dans les armoires, les poubelles, les maisons et les enfances…Que devient-on dans le brouillard du temps, que font ces femmes dans cette obsession à se détourner souvent des choses les plus chères à leurs vies ?  Nicole Versailles écrit dans une langue vive, serrée, alerte à pointer ce qui fait désordre dans l’harmonie des choses…Elle sait que c’est le trait qui pique qui force la mémoire à se dévoiler. Et elle nous donne ainsi une forte envie de continuer à lire ces récits et histoires où le souci de soi de ses personnages est souvent érodé par une terrible maladresse à vivre… Deux livres donc, tournés vers des temps différents, mais reliés par une évidente volonté de flirter avec les secrets qui nous tissent. 

DS


Nicole Versailles

Tout d’un blogPréface de Jean-Marc Hardy

« Un jour, c’est arrivé d’un coup, j’ai créé un blog ! Contaminée par l’air du temps, je me suis surprise à rêver que, moi aussi, je pourrais écrire sur l’écran du monde. Ecrire et être lue dans un même élan, je n’osais l’espérer, moi qui jusqu’alors n’avais confié mes textes qu’à mes tiroirs. J’avais envie de parler et j’espérais qu’on m’écoute, j’avais envie d’écrire et je me prenais à rêver qu’on me lise…

Ceci est l’histoire d’une blogueuse ordinaire.
Durant trois ans, j’ai appris l’envers et l’endroit de ce monde particulier. J’aime cela, c’est ma façon d’écrire, elle me plaît par son immédiateté, sa diversité et sa convivialité.

Des illusions infinies traînent sur le Net, je sais aussi que des liens se tissent, que des personnes se reconnaissent et agissent ensemble, à partir des blogs…

Tout d’un blog raconte l’expérience qui a transformé ma vie et qui me renvoie en permanence aux questions des relations entre les espaces intimes et publics. Et si nous étions aujourd’hui surexposés pour résister à l’effacement des individus ? Le Blog est une piste, une aventure, une position ».

L’auteurNicole Versailles est romaniste de formation et animatrice d’ateliers d’écriture (dans le Réseau Kalame de la Communauté française de Belgique). Divers prix littéraires (poésie et nouvelles). Et depuis trois ans… le blog Petites paroles inutiles sous le pseudo de Coumarine, blog lu et commenté assidûment.

Collection « JE »

ISBN 978-2-87003-489-7 / février 2008
120 pages / format 13,5*20,5cm / 12 euros

 

Nicole Versailles vient d’écrire un livre au titre évocateur : “Tout d’un blog”. Elle parle donc du blog et des blogueurs, de leurs joies et de leurs tourments, de la qualité ou de l’inanité des propos de ces billets écrits quotidiennement, sous l’impulsion du moment ou par habitude.C’est un travail remarquable que l’auteure nous propose. Elle-même titulaire d’un blog personnel “Petites paroles inutiles” où elle exprime surtout son uestionnement devant la vie, son mal-être ou son point de vue, elle est suivie par des centaines d’internautes et signe “Coumarine”. Mais Coumarine est aussi responsable d’un Atelier d’Ecriture en ligne “Paroles Plurielles” où la qualité de ses consignes rallie à sa cause des participants de plus en plus nombreux.Nicole Versailles analyse très clairement ce phénomène qui attache peu à peu le modeste blogueur débutant à une notoriété qu’il espère croissante et dont il suit jour après jour les soubresauts. Son analyse commence à la naissance des blogs, mais aussi à la raison pour laquelle chacun de nous (ou presque) éprouve le besoin de s’installer devant l’ordinateur pour lancer au monde ses… petites paroles inutiles. Entendez-moi bien : même si c’est le nom qu’elle a donné à son blog intime, les propos de Coumarine ne sont jamais vains. Ils touchent le coeur d’un public qui ne sait pas toujours gérer ses émotions, ses peurs, ses doutes ; le reflet de ses propres sentiments entraîne le lecteur à mieux se comprendre, à répondre, à se délivrer quelquefois. Et entraîne Coumarine à répondre aux commentaires par amitié ou par courtoisie, et dans le cas de “Paroles Plurielles” par rofessionnalisme. Elle, comme tous ceux qui ont une réputation sur la Toile, sont peu à peu pris dans le filet des réponses à donner, des billets à écrire (puisqu’on les attend, c’est visible), des brusques retours de flamme, de l’amitié qui se noue, de la solitude vaincue, même si quelquefois, la lassitude s’empare de vous.Bref, Nicole Versailles a écrit là un livre d’une clarté absolue, où les vertus et les vices du blog sont dénudés avec talent et précision. Ce livre devrait être lu par tous ceux qui rêvent d’ouvrir un blog… parce qu’ensuite, ils se sentiront des ailes, même s’ils en connaîtront alors les risques et les servitudes.Marthe Englebert

Des extraits de son Blog:

(…)
4 septembre 2005

Les photos sourient toujours. Enfin… la plupart du temps.
Même si on sait très bien que les personnes là sur la photo, n’étaient pas heureuses, que le drame était passé dans leur vie comme un train qui a déraillé leur quotidien, coincé leur vie pour toujours dans des douleurs de lumbago féroce… eh! bien, les photos sourient toujours…enfin la plupart du temps.
Maintenant, si tu es perspicace, tu vois.
Tu vois que, à côté des sourires de bonheur simple, il y a des sourires de malheur aggloméré. Tu vois très bien qu’à côté des sourires vrais de vrais, il y a des sourires faux de faux, mais très bien déguisés ma foi, les sourires faux de faux sont souvent des sourires courageux. Si tu es perspicace, tu vois qu’il y a de la pluie dans ces yeux qui sourient, que les mains démentent ce qu’affirme le visage, les mains sont bavardes, on ne pense pas assez à les regarder.
Hier je suis tombée sur d’anciennes photos, des photos de famille, sur lesquelles tout le monde est groupé….
J’ai repéré les sourires faux de faux, et je me suis demandé pourquoi sur les photos on se sent souvent « obligé » de sourire. Peut-être qui sait, est ce pour croire ou faire croire l’espace d’une respiration, que la vie vaut quand même la peine d’être vécue…
Ou alors est-ce un geste machinal, convenu, obligatoire ?

27 septembre 2005

Il y a en moi un tel désir de vivre que des fois cela me démange de partout. Cela me monte alors en bouffées, en crépitements intérieurs, en respirations haletantes, en frissons qui courent le long de mon dos, de mon ventre, de mon sexe. Je vertige de vivre, je suis concentrée dans mes impatiences, je fulmine, je piaffe, je trépigne.
Mais rien ne s’apaise pour autant, la rage de vivre me reprend comme un nouvel assaut de d’ouragan.
Mes tempêtes sont d’autant plus violentes que les contraintes de silence et de bonne tenue ont été autrefois omniprésentes et surveillent encore mes audaces. Avant d’être rebelle, je fus marquée de banalité, de bonnes convenances, c’est pire encore.
Je vertige de vivre, je me rassemble alors dans mes fulgurances, je quitte les droits chemins qui m’ont emprisonnée si longtemps.
Plus jamais, plus jamais…
Je préfère mourir que végéter dans du formol…

26 octobre 2005

Pouvoir un instant me fausser compagnie…
A chaque instant, je suis pour moi-même une compagne obligatoire. Pas toujours de compagnie agréable.
Ceux qui m’entourent sont là et puis plus là. Parfois cela me chagrine, parfois cela me soulage. Moi je suis toujours avec moi, la nuit, le jour. Je me regarde dans un miroir et je me dis: ah oui! c’est toi ! C’était toi hier, ce sera toi demain, avec le même visage, les mêmes émotions qui se sont imprimées dans tes rides, c’est bien toi, pas moyen de te fausser compagnie, ne fut-ce qu’un moment. Le miroir est ironique et sans pitié, souvent sans amour, impitoyable, cruel. Parfois c’est lassant d’être toujours avec moi, qui tourne en rond dans les mêmes problèmes. Le disque est rayé.
L’écriture est pour moi un moyen de fausser compagnie à cette « emmerdeuse » qui ne me quitte guère. Mon « moi » s’y perd…Mon « JE » s’y trouve, un JE dont je ne soupçonnais pas l’existence, qui peut m’effrayer par sa fougue ou sa violence, par ses aspects fameusement rebelles. Mais un JE vivant et qui finalement me plaît.

11 décembre 2005

Il y a des musiques qui soudain résonnent en toi ou autour de toi… alors ton cœur sursaute, tu es en alerte et tu t’arrêtes pour écouter…
Elles te surprennent à l’improviste, tu écoutes, tu ne peux pas faire autrement et tu accordes ton âme à cette musique qui te parle si fort de ta terre intérieure. Comme si elle te disait tes propres mots, encore inconnus de toi. Comme si elle connaissait ton langage que tu ignores encore.
Tu ne peux faire autrement que de capter cette musique et tu fermes les yeux et tu y accordes ton âme, tu y accordes tes pas, et la lumière soudain par poignées, t’éclaire de l’intérieur.
C’est un moment étrange où tu es à la fois seule au monde et en même temps reliée au monde… La musique, terre de reliance.
Et tu fermes les yeux et tu accordes ton âme à cette musique qui te connaît mieux que toi-même.
Parfois surgissent alors des larmes au bord de tes yeux fermés, au bord de ton âme qui s’étonne et se recueille.
Mais pas toujours…parce que parfois, tu ne peux t’empêcher de te lever, de bondir.
Et de danser…

13 février 2006

J’aime les mots.
J’aime la musique des mots. J’aime les mots dont la sonorité me fait rêver. Leur sens se cache dans leur musique. Ce sont des magiciens.
Des mots comme lune, marine, rouge, coquelicot, caresse, étincelle, libellule, funambule.
J’aime aussi des mots qui me cognent, me bousculent, me dérangent. Je les aime même s’ils me font peur, je les aime parce qu’ils me parlent. Des mots comme colère, cadavre, gifle, vicieux, mielleux, tristesse, malice.
J’aime prendre des mots qui roulent leur bosse dans toutes les bouches, les placer là devant moi, les isoler en quelque sorte, leur imposer une cure de silence et les relooker. Ce matin, j’ai mis ainsi le mot « silence » sur mon cahier à mots, je l’ai tourné et retourné dans ma bouche comme un bonbon suret, j’ai refait sa connaissance, je l’ai laissé s’alanguir sur la fin de sa « musique », je l’ai apprivoisé…
Parfois un seul mot en dit plus qu’une phrase, à fortiori une histoire. Je peux faire entrer l’univers entier dans le coin d’un seul mot.

23 février 2006

Retenir nerveusement son souffle pour que le ventre puisse rester plat, sage et sans remous, pour qu’il ne se gonfle pas de toutes ces angoisses indésirables et indigestes. Le retenir à ce point que là-haut, dans la gorge, derrière la luette, ça coince, ça racle et ça rauque. Et ça gonfle aussi, tumeur inopérable et qui sera sans doute mortelle, dans pas très longtemps. Supplice raffiné à petits coups de souffles courts, saccadés, coupants. Ne plus être capable de pousser les mots dans une expulsion contrôlée…
Alors pour donner le change… tenter de souffler juste un petit mot anodin, banal, sans consistance. Un petit mot insipide et transparent, un mot qui ne veut rien dire et surtout pas ce que l’on devine sans qu’on se le formule, le souffler comme par distraction, de l’air innocent de quelqu’un qui n’y accorde aucune importance…
Mais se tromper de voix. Une voix qui expulse soudain des vagues hautes comme dix respirations et bien plus… bien plus… et ça finit par un gémissement ou un cri assourdissant pire que le vrombissement têtu d’un vieil avion cracheur de bombes.

(…)

28 janvier 2008

J’avais une amie.
Une comme moi, à chaussettes blanches alors que les autres filles de la classe portaient déjà des bas qui leur faisaient des jambes soyeuses et fines. Des jambes féminines.
Les nôtres de jambes, avec les chaussettes blanches et les souliers à talon plat qui allaient avec, mettaient en valeur nos mollets de sportives. Pas très féminines.
Ainsi en avaient décidé les mères. Trop jeunes. Pas de bas. Amen. Les petites filles modèles obéissaient. Pas moyen de faire autrement.
J’avais une amie…
Un jour elle a viré d’humeur. Elle si joyeuse, avec toujours le mot pour rire, la bouche en forme de sourire et des étincelles plein les yeux, s’est mise insidieusement à changer de visage. Sa bouche avala de travers tous les éclats de rires. Sa voix devint rauque pour me raconter les évènements tragiques qui s’étaient mis à jalonner sa vie d’écolière, puis d’étudiante.
Les évènements tragiques étaient tragiques, malgré les chaussettes blanches, ou peut-être justement à cause d’elles, va savoir ! Des histoires à pleurer dans des mouchoirs trempés durant des jours et des nuits. Dans des mouchoirs en coton blanc, comme les chaussettes. Que les mamans-on-ne-discute-pas-on-obéit-amen lavaient sans se rendre compte combien ils pesaient d’un énorme poids de larmes.
J’avais une amie. Un jour c’est arrivé. Cette amie est morte
Non pas morte et enterrée, non! Morte… c’est encore pire. parce que… comment dire… elle avait beaucoup d’imagination. C’est une qualité quand on veut devenir écrivain, mais ce n’était pas son cas. Ce n’était pas l’imagination fertile de l’écrivain.
Elle voulait juste qu’on s’inquiète d’elle, elle voulait qu’on la prenne au sérieux, qu’on s’intéresse à elle, qu’on l’écoute, qu’on la dorlote, qu’on la câline, malgré ses chaussettes blanches, ou peut-être à cause d’elles, va savoir!
Elle était très douée. Mes mouchoirs alourdis de mes larmes pour mon amie si touchée par les malheurs, je les ai accumulés au fond de mes poches, au fond de mes tiroirs, en dessous de mon oreiller, au creux de ses révélations trop lourdes à porter. Mais quand j’ai su que rien de tout cela n’était vrai, ce jour-là j’ai appris à me méfier de ceux que j’aimais.
Et pourtant aujourd’hui je regrette.
Parce que mon amertume d’avoir été trompée a été plus forte que mon souci pour cette amie que je découvrais si malade dans sa tête. Je n’ai pas compris ça… comment l’aurais-je pu? Meurtrie, révoltée, je l’ai abandonnée à ses mouchoirs remplis de larmes. Impitoyablement.

4 avril 2008

Parfois on ne sait pas que quelqu’un nous aime.
On le devine bien sûr, mais on ne le sait pas pour du vrai comme disent les enfants, parce que cette personne ne nous le dit pas. Clairement. Expressément. Avec les mots pour le dire : je t’aime
Bien sûr, on est sensé le savoir. Cela parait tellement évident, alors pourquoi le dire et le redire ? Et si on a l’audace de le demander (c’est vrai quoi, les femmes en général aiment qu’on le leur dise…) la personne s’impatiente : est-ce qu’on demande ce genre de truc qui va de soi…?
Je t’aime. Très difficile à dire.
Hier j’entendais un ancien interview de Serge Gainsbourg. Il reconnaissait qu’il était incapable de dire je t’aime. Pourquoi ? Trop engageant sans doute. C’est risquer de se rendre trop vulnérable, de donner prise. Ou alors on n’est pas sûr de soi, d’aimer vraiment, d’aimer assez…
Quand peut-on dire : je t’aime… et que c’est vrai de vrai ? Mais faut-il attendre d’aimer parfaitement dans la durée et l’acceptation de l’autre tel qu’il est, pour laisser venir ces mots si simples ? Ou alors on trouve que c’est franchement gnangnan, ringard: on a passé l’âge, non ? Pourquoi dire ce genre de conneries: on le SAIT, ça devrait suffire non?
Je t’aime.
Ces mots-là ne circulent plus assez dans le couple après un petit temps de vie commune. Et ils font carrément peur entre amis, entre amies. On pourrait croire que… et on ne veut pas donner à croire que… bref… !
On va dire « je l’aimais » ou « je l’aimais vraiment beaucoup » quand c’est trop tard, quand l’autre est mort… c’est malin ! Oui je sais, il y a des gens qui disent n’avoir pas besoin qu’on leur dise qu’on les aime, et même qui ne veulent pas qu’on le leur dise… surtout pas! Les actes seuls comptent pour eux…
Je t’aime : c’est curieux, c’est dans les chansons qu’on entend le plus ces mots… et
bien plus qu’il n’en faut, avec cris ou roucoulements.

9 avril 2008

Il est tard, tu viens de te mettre au lit. Dans les draps frais, tu t’étires, heureuse et tu prends le livre que tu as commencé hier. C’est un bon moment que tu savoures… la journée a été pleine avec son lot de petits bonheurs. Quelques soucis, rien de grave, on n’y pense pas… tu te tournes vers la lampe de chevet et tu lis…
Mais tes yeux lentement commencent à peiner, ils se ferment peu à peu, s’alourdissent, le sommeil est proche. Tu déposes ton livre, éteins la lampe et t’apprêtes à te laisser glisser dans le sommeil.
C’est alors que ça commence… malgré toi ça se met à envahir ta tête. Les pensées tournoient à la vitesse de l’éclair, réveillant peu à peu la torpeur bienfaisante qui s’était emparée de ton corps.
Tu te tournes… mais de l’autre côté aussi, il y a mille pensées qui t’attendent. Tu te retournes et les pensées suivent en une sorte de mouvement perpétuel et obstiné. Tu te mets sur le dos, essayant d’appliquer les bonnes méthodes du zen ou autres sur la respiration profonde, celle qui part du ventre, qui reste dans le ventre pour calmer ce corps tout entier et cette tête qui n’en fait qu’à sa tête…
Là, au creux de la chaleur de ton lit qui se voulait douillet, tu es confronté au plus pénible de toi-même, cet endroit secret et tortueux, que les bruits de la vie étouffent le plus souvent.
Tu te lèves, vaincue par ces démons qui te harcèlent, fais quelques pas, te rends aux toilettes, reviens dans la chambre, reprends le livre qui patiente là sagement. Mais le charme est rompu : ce livre est casse-pied… tu le déposes, te relèves et te plantes devant l’ordinateur ou la télé…
Tu finiras par t’endormir, très tard et comme vaincue.

11 avril 2008

Souvent, je me réveille triste…
De cette sorte de tristesse qui n’a pas de nom, qui flotte indécise dans ma tête et mon corps, comme un fantôme qui m’échappe.
Souvent, je me réveille triste…
Comme si dans mon sommeil j’avais pleuré un très vieux chagrin, qui n’a plus de raison d’être, un chagrin inconsistant dont je n’ai plus aucun souvenir, sur lequel je n’ai pas de prise. Je sais juste que la tristesse sommeille encore en moi, alors que j’émerge de mes rêves, appelée par le réveil, par la journée qui m’attend. D’ailleurs le matin, je me réveille parfois avec de vraies larmes au coin des yeux.
Le plus souvent, cette tristesse ne s’accroche pas, elle glisse et s’évapore comme une fumée grise que je ne désire pas retenir. Elle retourne dans son antre d’où elle resurgira sans doute le lendemain. comme d’habitude. Ma joie de vivre, mon désir de vivre, forts et denses, déterminés et persévérants, chassent en général cette tristesse qui s’invite trop souvent aux creux de ma nuit…

Je ne sais pas pourquoi, je suis ainsi habitée de chagrin presque chaque matin…
Mais j’ai passé l’âge et le souhait d’en connaître les réponses. La vie est courte, peut buter demain sur une maladie, un accident, une souffrance. Le temps des interrogations graves et profondes est terminé… il n’y a plus place en moi que pour la détermination de vivre intensément le moment présent. Cadeau, oui, cadeau.. malgré tout!
C’est pour cela que le matin, je regarde vers le ciel, parce que là-haut la tristesse inopportune finit toujours par s’évanouir au rythme des nuages qui vont et qui s’en viennent…

Je crois qu’il faut du courage pour rester vivante dans ce monde qui meurt à petit feu, pitoyable bateau que les hommes sont en train de saboter de toutes parts. Je crois qu’il faut du courage pour ne pas sombrer dans les flots de la déprime, du découragement, de l’amertume, de la négativité partout et toujours.
J’essaie d’avoir ce courage. Aujourd’hui plus que jamais…

14 avril 2008

Dans les rues de ma ville, les gens se croisent, puis se décroisent. Sans se saluer, sans se dire un mot. Parce qu’ils ne se connaissent pas, ils se sentent libérés de ces mots de bonne conduite en société. « Bonjour, vous allez bien? » Il y a trop de gens dans les rues de la ville, s’il fallait les saluer tous, on n’en finirait pas, disent les gens raisonnables. Et bien sûr ils ont raison…
Dans les rues de ma ville, les gens ne se saluent pas. Ils sont chacun bien engoncés dans leurs écharpes frileuses, bien au chaud dans leurs pensées égocentriques. Chacun poursuit sa quête intérieure qui ne s’interrompt que par la sonnerie du portable dans laquelle on s’engouffre le plus souvent à très haute voix.
Dans les rues de ma ville, les gens s’ignorent les uns les autres. Mais parfois un éclair passe dans les yeux de l’un vers l’autre et de l’autre vers l’un. Et cet éclair tend un fil inattendu et imprévisible entre les deux. Une étrange connivence s’installe, qui ne dure que l’espace d’un court instant. Souvent même, aucun sourire ne vient à la rescousse de cette lueur de complicité : la peur d’un contact, la peur d’être rejeté est la plus forte.
Parfois je m’amuse à guetter le regard de quelqu’un dans un endroit public, juste pour tisser un de ces fils de connivence, je souris et même parfois j’ose lui adresser la parole, une de ces petites paroles inutiles et cependant un peu audacieuses : une demande quelconque, que sais-je… le plaisir de briser ce cercle de solitude, d’entrer là où on ne m’attend pas.
Parfois on me regarde comme une extra terrestre et je me dis que je suis un peu folle.
Mais parfois deux ou trois mots échangés et même plus viennent nous caresser l’âme…

16 avril 2008

Ils sont arrivés et aussitôt les murmures qui circulaient dans la salle, sorte de brouhaha indiscipliné et flou, se sont tus. Instantanément ! Stoppés net, la salle tout entière polarisée soudain vers la scène, dans une attente curieuse et fervente.
Ils ont salué, les mains de la salle ont applaudi. Comme toujours…
Ils se sont installés tous les quatre, ont formé un demi-cercle, prenant bien soin d’offrir aux yeux de tous, l’envers et l’endroit de leurs faits et gestes.
C’est alors que le silence s’est répandu comme une traînée de poudre… la magie pouvait commencer ! Et la magie est née de ces quatre archets qui tricotaient là devant nous, leur musique tour à tour tendre et nostalgique, fougueuse et déterminée…
Et la magie d’un seul coup est venue comme toujours, me cogner dans la poitrine, soudain trop petite pour contenir tant de bonheur. Ma respiration haletait ou tanguait doucement au gré des coups d’archet rapides du premier violon, qui par moments décollait littéralement de son siège : tout son corps habitait la musique, avec une incroyable passion.
Et tout mon corps aussi et tout mon cœur habitaient la musique, je lui avais largement ouvert la porte, affamée et reconnaissante déjà et elle s’y engouffrait comme toujours sans retenue et pourtant pleine d’amour.
Personne… personne ne se rend compte dans ces moments là, que j’ai des larmes dans les yeux, que quelque chose qui ressemble à un intense bonheur de vivre, envahit tous les recoins de mon être, que je tangue, vole, décolle au rythme de cette envoûteuse… la musique qui parle avec une telle force au travers du talent des musiciens magiciens…
C’était il y a quelques heures, aux concerts du midi, rue de la Régence à Bruxelles, je me suis jetée consentante dans les bras de Schubert et de Mendelssohn…
Je vogue encore…

02 mai 2008

Il y a des mails (et des lettres mais elles deviennent rares les vraies lettres) avares de mots, donc rapides, efficaces, qui vont à l’essentiel, surtout ne pas perdre de temps en petits mots inutiles. Et hop! On passe au mail suivant, il y en a cinquante qui attendent…
Il y a des mails (et des lettres mais elles deviennent rares les vraies lettres) qui prennent le temps de prendre leur temps. Qui écrivent de vraies paroles, des paroles nourrissantes pour celui qui les reçoit, tout comme pour celui qui les écrit. Des mails (et des lettres..) qui disent, qui racontent, qui donnent un bout de soi, qui n’ont pas peur des mots, qui font du bien.. .voilà c’est dit ! Qui font du bien à écrire et à recevoir…
Il arrive parfois que tout au bout de ces mails (et de ces lettres..) il y ait tout-à-coup un petit PS, un truc de dernière minute, un petit truc de rien du tout, que l’auteur du mail (ou de la lettre) s’avise soudain de rajouter, comme ça, un peu vite, comme s’il avait presque oublié d’en parler…
Et souvent, avez-vous remarqué ? Dans ce PS se trouve quelque chose de capital, une information importante, parfois même très importante, auquel le mail tout entier aura mené l’air de rien…

Alors bien sûr il s’agit de ne pas louper ça ! D’être attentif. De ne pas se laisser distraire par les apparences : un petit PS en bout de mail (ou de lettre) il arrive qu’on n’y fasse pas vraiment attention, qu’on le lise vite, sans réaliser que là, se trouve quelque chose d’essentiel, peut-être le plus essentiel, le truc que l’auteur du message avait absolument envie de communiquer.
Cela m’est arrivé encore il y a deux ou trois jours : un mail d’une personne qui me donne de ses nouvelles, un mail détaillé et intéressant, un mail qui me fait chaud au cœur. Puis la signature.
Puis comme perdu là tout en bas, un PS : « ah ! au fait… » et là se trouve l’information donnée comme en catimini qui pour moi est la plus importante du mail…

A propos de traverse

Un blog consacré aux évènements liés aux ateliers, aux rencontres et aux formations Traverse asbl

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